Il y a 100 ans, Clara Zetkin intervenait au Congrès de Tours
Du 25 au 30 décembre 1920, le Parti socialiste (Section Française de l’Internationale Ouvrière) organise à Tours, salle du Manège (rue Nationale, derrière l’église Saint Julien) un congrès rassemblant les membres des fédérations départementales.
Parmi les questions évoquées, la plus importante est celle de l’adhésion du Parti socialiste français au Komintern, l’Internationale communiste fondée par Lénine en 1919 après la révolution russe. Cette motion, opposant deux tendances, fait l’objet d’un vote. Les socialistes rassemblés autour de Léon Blum et Marcel Sembat, qui rejettent l’adhésion, sont minoritaires, tandis que le groupe emmené par Marcel Cachin et Charles Rappoport l’emporte. La scission parait inévitable. Les partisans de l’adhésion au mouvement bolchevique fondent dès lors la Section Française de I’Internationale Communiste : c’est ainsi que naît à Tours le Parti communiste français.

Parmi les documents de surveillance policière établis à l’époque et conservés par les Archives d’Indre-et-Loire (1M 233), le dossier consacré à Clara Zetkin (1857-1933) est particulièrement intéressant, car sa venue à Tours est digne d’un roman.
Cette enseignante de nationalité allemande a déjà une intense activité politique. En 1910, lors de la 2ème conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, elle propose d’organiser une journée internationale des femmes afin qu’elles obtiennent le droit de vote. En 1920, adhérente au nouveau Parti communiste allemand, elle est élue député au Reichstag. Interdite de séjour en France, Clara Zetkin, âgée de 63 ans, réussit à déjouer la surveillance policière et arrive à Tours le 27 décembre 1920.
L' intervention de Clara Zetkin, à 17h, le 28 décembre est relatée ainsi par les journaux : « Dès son arrivée dans la salle, les portes ont été fermées et gardées par les membres du Congrès. C’est au chant de l’Internationale qu’elle monta sur la tribune, se débarrassant de son manteau et de son épaisse voilette noire qui couvrait son visage. En français convenable, en phrases essoufflées, elle parle pendant ½ heure, apportant le salut des délégués allemands qui l’ont chargé de dire aux congressistes d’adhérer sans aucune condition à la IIIe Internationale de Moscou. Après sa sortie, les portes sont restées fermées pendant un quart d’heure afin que personne ne puisse la suivre. »
Elle racontera quelques semaines après à un journaliste anglais qu’elle était repartie, comme elle était venue, en automobile jusqu’à Valenciennes, puis en train, pour arriver à Berlin le 1er janvier 1921.
Pour en savoir plus sur le Congrès de Tours
Dans le cadre du centenaire du Congrès de Tours en 1920, la Ville de Tours s’est associée à l'Université de Tours pour donner un contenu scientifique à cette commémoration.
Cette exposition repose sur un travail de recherche, mené dans les services publics d’archives municipales et départementales à partir de sources multiples, dont les rapports de police et la presse locale et nationale. La sélection des pièces est complétée par une exploitation des archives privées des partis politiques et d’associations. Enfin, elle est enrichie de documents collectés auprès de particuliers.
Pour découvrir l'exposition de préfiguration, sur le Congrès de Tours, présentée en 2020, cliquer ici