H - Clergé régulier (837-1791)

Déplier tous les niveaux

Cote/Cotes extrêmes

H1-1077 (Cote)

Importance matérielle

1077 articles

143 plans extraits de leur liasse d'origine

24 documents scellés extraits

153 ml

Localisation physique

AD37 - site de Tours

Présentation du contenu

Préface de Charles Loizeau de Grandmaison en 1891 (extrait)

Ce troisième volume de notre inventaire comprend ce qui reste des archives du clergé régulier, c'est-à-dire des abbayes et couvents d'hommes et de femmes auxquels il faut joindre les ordres militaires et religieux et les hospices. Sans les pertes immenses qu'ont fait subir à notre dépôt les brûlements de titres opérés à la Révolution, les livraisons de parchemins pour gargousses faites à l'artillerie, la remise aux acquéreurs de biens nationaux de vénérables documents historiques, quand il eût suffi de leur délivrer les pièces pouvant servir au soutien de leurs droits de propriété, enfin les dilapidations de toute nature, ce n'est pas un seul volume, mais vingt-cinq à trente que l'archiviste et ses successeurs auraient été appelés à offrir au public. A la veille de la Révolution, nos vieux chartriers contenaient de véritables trésors historiques et paléographiques dont le nombre et la valeur sont constatés par d'anciens inventaires et dont la perte est à jamais regrettable.

Il ne nous reste, à proprement parler, que des débris des précieuses collections de titres amassés et conservés pendant de longs siècles. Mais ces débris méritaient grandement, et à plus d'un titre, d'être soigneusement recueillis et mis en ordre. Nulle série en effet ne contient plus de chartes anciennes ; et ces chartes ne sont pas seulement les témoins les plus sûrs et les plus irréfragables du passé de notre province et de la vie de nos pères ; elles peuvent encore, comme l'ont prouvé dans notre département des procès fameux, servir utilement à la défense des droits de l'État, des communes, des fabriques et des particuliers.

[...] Après les abbayes d'hommes, viennent, dans l'ordre de classement, les prieurés et couvents également d'hommes. Ils étaient fort nombreux en Touraine ; avant la Révolution on en comptait près de deux cents. Plusieurs, il est vrai, n'étaient que des dépendances de nos grandes abbayes et les documents qui les concernent ont été inventoriés à l'article de chacune d'elles. Mais un grand nombre avaient une existence propre, ou relevaient d'abbayes étrangères à la Touraine. Pour faciliter les recherches des travailleurs, nous les avons tous rangés par ordre alphabétique, sans distinguer les prieurés conventuels des prieurés simples, ni ces derniers des couvents proprement dits.

[...]  Je pourrais encore énumérer plusieurs couvents et prieurés d'hommes ; car la Touraine, et surtout la ville de Tours, en étaient largement pourvus, mais nous ne possédons que de rares débris de leurs chartriers et ils ne méritent guère d'être mentionnés.

Les abbayes de femmes n'étaient, dans notre province, qu'au nombre de deux, Beaumont-lez-Tours et Moncé. Nous avons recueilli des épaves assez considérables du chartrier de Beaumont, bien que quelques registres, et non des moins intéressants, aient été, à la Révolution, déposés, on ne sait pourquoi, à la bibliothèque de Tours, où ils se trouvent encore.

[...] Si la Touraine ne comptait que deux abbayes de femmes, Beaumont et Moncé, en revanche, les prieurés et couvents y étaient fort nombreux. La plupart apparaissent dans le premier quart du XVIIe siècle, époque à laquelle une véritable renaissance de ferveur religieuse se manifeste dans toute la France.

[...] Ce n'est pas à Tours seulement que se fondent des monastères de femmes, et que s'élèvent des églises et des chapelles. Le mouvement s'étend à toute la province. Les Calvairiennes ont une maison à Chinon ; l'Union chrétienne se propage à Amboise, Châtillon, Chinon, l'Ile-Bouchard, Loches et Montrichard, qui faisait partie de la Touraine. On trouve aussi des religieuses à Beaulieu, Champigny, Luynes, Richelieu, etc. Les archives de ces couvents n'offrent en général qu'un médiocre intérêt historique : ce ne sont guère que des titres de propriété, actes d'acquisitions ou d'échanges, baux à ferme, déclarations, etc. On y voit cependant que la plupart d'entre elles donnaient l'instruction aux jeunes filles de la localité.
La puissante abbaye de Fontevrault possédait en Touraine quatre prieurés : ceux de Relay, commune de Pont-de-Ruan ; de Rives, commune d'Abilly ; de Lencloître, commune de Rouziers, et d'Orioust, commune de Luzé. Les deux premiers, qui remontaient au temps même du fondateur de l'œuvre, Robert d'Arbrissel, avaient presque l'importance et les richesses de véritables abbayes, et leurs chartriers devaient contenir des pièces très précieuses. Malheureusement on ne les retrouve plus ; nous ne possédons guère que des titres de propriétés, et quelques lettres patentes des rois de France, le tout atteignant à peine le XVe siècle.
Nous n'avons plus trouvé à analyser de fonds importants dans la suite de notre inventaire. Ce ne sont pour ainsi dire que des débris d'archives. Les prieurés et couvents n'ont donné qu'une assez maigre récolte ; celle que nous offrent les ordres militaires et religieux, ainsi que les hôpitaux et les aumôneries, est encore moindre.

[...] 

La Touraine possédait au moyen âge de nombreux hospices, aumôneries et maladreries, répandues non seulement dans les villes grandes et petites, mais encore dans les localités rurales situées sur les voies de communication les plus fréquentées.

Ces établissements étaient dus à la charité privée et rendirent longtemps de précieux services. Mais, après les guerres de religion, leurs revenus, singulièrement amoindris, étaient devenus tout à fait insuffisants ; la plupart d'entre eux furent supprimés au XVIIe siècle et réunis aux hospices conservés dans les villes. À l'époque de la Révolution, il ne subsistait guère d'hôpitaux ou d'hospices qu'à Amboise, Bourgueil, Champigny, Chinon, l'Île-Bouchard, Ligueil, Loches, Luynes, Saint-Maure et Tours.

[...] Les fonds des autres établissements charitables [hôtel-Dieu, Charité et Madeline de Tours] n'offrent, comme celui-ci, qu'un médiocre intérêt, et c'est à peine si l'on y rencontre quelques chartes.

[...] Tels sont les différents fonds analysés dans ce troisième volume. En le parcourant, ainsi que les deux premiers, et en les comparant à l'Inventaire général par fonds publié en 1848, on reconnaîtra que dans le cours de sa gestion, qui embrasse plus d'un tiers de siècle, l'archiviste a eu la joie de voir presque doubler la valeur historique du dépôt dont la garde lui a été confiée, à la fin de 1852.
La situation matérielle n'a pas été moins améliorée pendant cette période. En 1851, les archives, depuis longtemps placées au rez-de-chaussée de l'aile sud-ouest de la préfecture, dans deux salles carrelées et beaucoup trop étroites, se trouvaient, d'un côté, en contrebas des terres du jardin potager de la préfecture, de l'autre, dans le voisinage immédiat de grands arbres, et ces deux causes y entretenaient une humidité fatale aux papiers et même aux parchemins.
Voici comment s'exprime à ce sujet mon honorable confrère, M. Delloye, dans son rapport de cette année : « En certains endroits, les carreaux étaient recouverts d'une couche verdâtre, en d'autres, ils s'exfoliaient ou se réduisaient en poussière, sous l'action du salpêtre. Çà et là, au fond des casiers, des masses noires indiquaient des papiers tombés sur le sol et qui avaient été consumés. Les rayons regorgeaient de papiers, et des liasses pourrissaient jusque dans les embrasures des fenêtres. »

Lorsque j'entrai en fonction, cette déplorable situation avait été rendue moins mauvaise par l'établissement d'un plancher au-dessus du carrelage ; mais, les murs étant profondément salpêtrés, l'humidité subsistait toujours ; au printemps et à l'automne, l'eau suintait le long des murs et dans les casiers. Il y a loin de là au bâtiment parfaitement sain et aéré, tout en pierre et en fer, et isolé des autres constructions de la préfecture, dans lequel sont aujourd'hui conservées les archives départementales, grâce à la sollicitude éclairée du conseil général, et au bienveillant appui de MM. les préfets d'Indre-et-Loire.

(Source : extrait de la préface de l'Inventaire sommaire de la série H de 1891 par Charles Loizeau de Grandmaison, les parties concernant les établissements ecclésiastiques ont été reportées aux niveaux correspondants).

Introduction au répertoires supplémentaires des séries G et H par Yves Le Sage de La Haye mise à jour en 2012 (extrait)

Un premier inventaire d'archives ecclésiastiques série G, clergé séculier a été publié en 1882 par Charles Loizeau de Grandmaison, archiviste du département d'Indre-et-Loire.  Un deuxième inventaire série H, clergé régulier rédigé par le même, a paru en 1891. Ces deux volumes ont été successivement réédités en 1993 et 1994. Dans ses préfaces, Ch. de Grandmaison a rendu compte de l'entrée des fonds de l'archevêché, des chapitres et des paroisses, des abbayes et des couvents. On les lira encore avec profit.

Nous publions aujourd'hui un supplément à ces inventaires. Depuis 1891, les services d'archives d'autres départements nous ont transmis des documents provenant des anciens établissements du diocèse de Tours et des particuliers nous ont donné ou vendu des pièces produites par ces mêmes établissements. En outre, dès 1850, l'administration des Domaines avait versé aux Archives départementales des registres concernant des biens d'Eglise saisis par la Nation, registres qui, hormis quelques mention marginales de l'époque révolutionnaire, avaient été tenus par les ecclésiastiques propriétaires de ces biens ou par leurs fondés de pouvoir. Ces registres n'avaient pas été pris en compte dans les inventaires de 1882 et 1891. Ce sont ces archives, classées dans un ordre identique à celui de 1882 et 1891, qui sont énumérées et décrites dans ce troisième volume de l'inventaire des archives ecclésiastiques d'Indre-et-Loire.
Le classement d'un fonds d'archives devrait mettre en évidence l'identité et l'activité des institutions ou des personnes physiques qui ont produit ces archives. Nos fonds étant toujours lacunaires, il nous paraît prudent de décrire ces institutions pour éclairer le lecteur.

LES ABBAYES, PRIEURES ET COUVENT, LES COMMANDEURS ET LES ETABLISSEMENTS HOSPITALIERS

Dans la série H sont classés les archives d'institutions disparues. L'ancien diocèse de Tours a compté 17 abbayes d'hommes et de femmes et 4 prieurés conventuels. Les abbayes sont toujours des monastères importants, relevant généralement du pape pour le spirituel, du roi pour le temporel. La plupart des abbayes d'hommes étaient en commende, c'est-à-dire que la mense abbatiale le tiers des revenus de l'abbaye était attribuée par le pape à la personne à lui présentée par le roi. L'abbé commendataire ne résidant pas, l'abbaye était administrée par un prieur, dit prieur claustral.

Le mot prieuré désigne des réalités diverses. Un prieuré conventuel est une communauté monastique moins importante qu'une abbaye. Un prieuré-cure est une paroisse desservie par un membre du clergé régulier : les archives des prieurés-cures sont classés en série G, avec les archives de paroisses. Un prieuré simple est un petit bénéfice, sans conventualité sur charge d'âmes, possédé par un ecclésiastique séculier.

Alors que les abbayes avaient été fondées presque toujours en dehors des villes, les couvents des dominicains : frères prêcheurs ou jacobins, et ceux des franciscains : frères mineurs, capucins, cordeliers et récollets, qui fleurissent à partir du XIIIe siècle, sont toujours urbains. Dominicains et Franciscains s'établissent au milieu des hommes et des femmes de leur temps pour leur apporter l'Evangile, leur proposer la confession de leurs fautes et leur assurer une bonne mort : ils vivent de mendicité, sans revenus domaniaux. Il en sera de même des Carmes et des Augustins au XIVe siècle. Tandis que les abbayes étaient insérées dans la société féodale, les couvents des religieux mendiants sont des éléments du tissu urbain.

Les congrégations et sociétés fondées au XVIIe siècle diffèrent de toutes les formes antérieures de vie religieuse. Elles sont créées dans un but bien précis : l'enseignement, le soin des malades, l'accueil des filles repenties, la lutte contre l'hérésie calviniste. Et leurs membres ne sont pas toujours, canoniquement, des religieux, mais des personnes pieuses associées pour remplir la tâche assignée par le fondateur.

Le lecteur trouvera dans ce supplément à la série H quelques pièces d'archives concernant des commanderies de l'ordre de saint Jean de Jérusalem (dite de Malte). Que le lecteur n'imagine pas ces commanderies peuplées, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des moines-soldats attendant l'assaut des infidèles. Ce sont des bénéfices des dominicains produisent des revenus, grevés de quelques charges accordés aux chevaliers de Saint-Jean. Recrutés exclusivement dans la noblesse, les chevaliers servent le plus souvent dans la marine.

Les charités, léproseries, maladreries, aumônes, maisons-Dieu, hôtels-Dieu et autres établissements hospitaliers ont été créés en grand nombre au Moyen-Age. Fondations d'origine privée, pour l'amour de Dieu ou du prochain, ces établissements ont d'abord été gérés par le clergé seul. La laïcisation de leur administration a commencé au XIVe siècle, et l'ordonnance de Blois de 1579 a prescrit "de n'établir au gouvernement des fruits et revenues des maladreries et hôpitaux, autres que simples bourgeois, marchands ou laboureurs, et non personnes ecclésiastiques, gentilshommes, archers, officiers publics, leurs serviteurs ou personnes par eux interposées" (art. 65). En clair, l'ordonnance de Blois refuse qu'un établissement hospitalier devienne une source de revenus pour une autorité ecclésiastique ou laïque.

 

Ce supplément aux séries G et H ne comble pas les lacunes des fonds inventoriés précédemment. On y cherchera vainement des renseignements sur l'architecture des abbayes. Nous avons ici encore des titres de propriété et surtout des titres de rentes. Cependant la typologie des documents est plus variée. On trouve dans ce supplément des cédules de profession religieuse, des attestations de collation de tonsure, de la correspondance, des journaux de dépenses, documents qui faisaient défaut précédemment parce qu'ils ne relevaient pas des critères de conservation lors des tris de l'époque révolutionnaire. Nous avons signalé ces pièces d'archives dans l'inventaire. Nous avons aussi mis en évidence les titres de fondation de messes, conservés comme titres de rentes.

Rappelons que les lacunes des séries G et H peuvent parfois être comblées par les archives d'autres fonds. Les collections de cartes et plans et de documents figurés contiennent des pièces déjà cotées en G et H et des pièces de diverses provenances, relatives aux séries G et H. Dans le minutier des notaires (3 E) on trouvera des procès-verbaux d'assemblées de paroissiens, des marchés de travaux à faire à des couvents, parfois accompagnés de plans, des inventaires de mobilier d'église, des actes de notoriété établissant les degrés de noblesse nécessaires au postulant à l'ordre de Malte. Dans les fonds de l'état civil (4 E) on pourra consulter des registres de vêture, de profession religieuse, de sépulture de religieux et de laïcs dans les églises des couvents. Le fonds du château de la Vallière à Reugny (fonds privé coté 65 J) contient des archives de l'hôpital de Lublé. Les fonds de communes (E dépôt) contiennent des archives des anciennes paroisses. Les fonds des établissements hospitaliers (H dépôt) sont d'une grande richesse. On y trouvera les titres propres des hôpitaux, des origines au XIXe siècle, et les titres des rentes qui leur ont été dévolues à la Révolution. Ces titres avaient appartenu aux chapitres, aux abbayes et aux couvents. Signalons encore des dizaines de livres de comptes de la collégiale Saint-Martin, soustraits aux saisies révolutionnaires, conservés par la Société Archéologique de Touraine à Tours.

 

(Source : extrait de l'Introduction aux répertoires supplémentaires des séries G et H par Yves Le Sage de La Haye, mise à jour en 2012).

Mots clés matières

Localisation physique

AD37 - site de Tours

Origine

Abbaye de Marmoutier (Tours, Indre-et-Loire, France)

Présentation du contenu

L'abbaye de Marmoutier, qui dans l'ordre alphabétique vient après le Liget, était un établissement religieux bien autrement considérable. Fondée à la porte de Tours par saint Martin, vers 372, et plus ancienne que la monarchie française, elle avait promptement et largement bénéficié de l'immense réputation de celui qu'on avait appelé le thaumaturge des Gaules, et qui devint le grand saint de l'époque mérovingienne. Les papes, les rois et les empereurs s'étaient plu à la combler de biens immenses et d'importants privilèges. Pillée et détruite au IXe siècle par les Normands, elle se releva promptement de ses ruines et elle arriva bientôt à posséder en France et même en Angleterre près de deux cents prieurés, dont plusieurs étaient des seigneuries considérables.
Si l'on songe que les archives de tous ces prieurés : titres constitutifs, donations, acquisitions, échanges, baux à ferme se trouvaient réunis à l'abbaye mère, on pourra se faire une idée de l'énorme quantité de documents précieux qui se trouvaient conservés dans le chartrier de Marmoutier. Ce magnifique dépôt, unique peut-être dans la France provinciale, demeura à peu près intact jusqu'à l'époque de la Révolution, car il semble avoir été respecté par les protestants, lorsqu'en 1562 ils pillèrent l'église et le trésor de l'abbaye. Il était parfaitement en ordre, sous la garde d'archivistes nommés armoiriers, et pourvu d'excellents inventaires, encore aujourd'hui très utiles à consulter. Tous nos grands érudits du XVIIe et du XVIIIe siècle, les Duchesne, les Mabillon, les Baluze, les Ducange, les Martène, les Dachery, les Bouquet y ont puisé à pleines mains et en ont enrichi leurs savantes publications.
Toutes ces richesses historiques et paléographiques furent, en l'année 1792, enlevées de l'abbaye où elles étaient conservées depuis des siècles, et transportées aux archives du district de Tours, alors établies dans l'ancienne église de Saint-Hilaire. Entassées dans ce local mal disposé, trop étroit et déjà très encombré, elles y furent du moins conservées intactes pendant quelques années ; mais bientôt, l'encombrement devint tel que l'administration prit le fâcheux parti de démembrer cet incomparable dépôt, et d'envoyer à chacun des départements de la République où se trouvaient des prieurés de Marmoutier, et de nos autres abbayes tourangelles, toutes les pièces relatives à ces prieurés. Cette mesure, qui dispersait des monuments historiques accumulés depuis des siècles, a été la ruine de nos archives et principalement de celles de Marmoutier, dont les possessions s'étendaient dans la France entière. L'opération commencée par Rougeot, le premier archiviste du district de Tours, mort en l'an V, fut activement poursuivie par ses successeurs. Pour se rendre compte de ses effets désastreux, il faut parcourir le registre spécial sur lequel étaient consignés les envois, et que nous possédons encore. On ne se donnait pas la peine de trier les documents pouvant servir au soutien des droits utiles, les seuls qui eussent dû raisonnablement être compris dans les envois, on expédiait par les messageries, dans des caisses ou par grosses balles, les archives entières des prieurés ; à la date du 13 messidor an IV, on adressait à dix-sept départements divers cent soixante-dix-huit liasses, dont la moitié au moins provenait de Marmoutier.
Les précieuses épaves qui nous sont restées ont été pieusement recueillies et classées par l'archiviste. Il a placé en tête les documents concernant le corps même de l'abbaye. A l'époque de la Révolution, il ne s'y trouvait plus depuis longtemps aucun des diplômes dont les rois mérovingiens et les premiers carlovingiens [carolingiens] avaient gratifié le célèbre monastère de saint Martin. Ils avaient été détruits au IXe siècle par les Normands. Mais il subsistait encore un grand nombre d'actes du IXe siècle et du Xe, dont bien peu sont venus jusqu'à nous.
Le plus ancien dans cette partie du fonds de Marmoutier, remonte à 912. C'est une charte de Robert, comte de Tours, abbé de Saint-Martin et de Marmoutier, alors duc de France, et plus tard roi, rétablissant l'abbaye dans son indépendance de toute autre autorité que celle de son abbé et du roi. Une autre, de 970, émane de Hugues Capet, n'étant encore que duc de France ; en sa qualité d'abbé de Marmoutier, il concède à un prêtre, nommé Osbert, trois arpents et demi de vigne prés l'église de Saint-Symphorien. Au bas de l'acte, on voit les croix de Hugues Capet, de Thibaut le Tricheur, comte de Tours, et de son fils Eudes.
Parmi les pièces beaucoup plus modernes, on doit mentionner celles relatives aux constructions élevées dans l'enclos de l'abbaye, au cours du XVIIIe siècle, et notamment au magnifique escalier exécuté par Étienne Fournier sur les plans de Pascal Lenot. Il a été malheureusement détruit, plusieurs années après la Révolution, mais il en existe un modèle en petit qui est conservé au musée de Tours. L'escalier du pavillon nord-ouest de la Préfecture, conduisant à l'ancienne salle des archives, d'une coupe si hardie et si magistrale, construit vers la fin du premier Empire, semble une imitation de celui-ci. Mais il n'en donne qu'une idée imparfaite, car il ne dessert qu'un étage, tandis que celui de Marmoutier avait au moins trois fois plus de développement.
Après le corps de l'abbaye et les offices claustraux, viennent les prieurés et les seigneuries que j'ai classées par ordre alphabétique. Par suite de la mesure que j'ai déplorée plus haut, ceux de ces prieurés qui se trouvaient situés en dehors du département font trop souvent défaut ou ne sont représentés que par quelques pièces, oubliées lors des envois faits pendant la période républicaine. Les prieurés tourangeaux sont plus riches, quoique bien diminués de ce que les anciens inventaires nous les font connaître. L'un des plus importants et des mieux partagés en vieux documents est celui de Foncher, localité à peu près inconnue aujourd'hui, qui est située en face Villandry, sur la rive droite du Cher. On y rencontre la plus ancienne pièce de tout le fonds de Marmoutier. Elle est de l'année 908 et concerne un procès soulevé entre notre abbaye et la puissante collégiale de Saint-Martin, au sujet de la possession d'un pré. Elle nous apprend les différentes phases de la procédure au commencement du Xe siècle et nous fait connaître la forme des plaids. Ces assemblées étaient présidées par le comte ou le vicomte, assisté de vassaux chargés de rendre la justice. Elles se tenaient ordinairement à l'époque des grandes fêtes de l'année et en plein air. Ici, c'est la veille de la Saint-Jean et près de la Loire, sur les murailles entourant la ville, qui, sans doute, n'offrait pas dans son enceinte, très resserrée, de place suffisamment spacieuse. Les représentants de Saint-Martin se désistent et n'osent affronter le jugement de Dieu, c'est-à-dire très probablement l'épreuve du fer ardent que les champions de Marmoutier étaient disposés à subir.
Un autre document de ce même prieuré, d'une époque postérieure, mais encore de 1165 à 1176, nous montre à quelles violences se portaient parfois les puissants seigneurs contre ces établissements religieux, qu'en d'autres circonstances ils comblaient de faveurs et de donations. Renaud de Colombiers (aujourd'hui Villandry), au mépris des droits de pêcherie et de voirie que Marmoutier possédait à Foncher, non seulement y faisait pêcher, mais encore enlevait aux hommes de l'abbaye le poisson qu'ils avaient pris, les frappait d'amende et les mettait à rançon, exigeant la dîme des vignes, quoiqu'il n'y eût aucun droit, et faisait même vendanger à son profit celles des religieux. Il alla jusqu'à abattre la clôture de la maison de ces derniers, enleva les pierres du portail et les fit transporter pour son usage dans son propre château. Les moines, à bout de patience, s'adressèrent à Henri II, roi d'Angleterre et comte de Tours, qui décida de leur faire rendre justice et les renvoya devant son prévôt de Tours, nommé Malet. Le jour du débat était fixé et les religieux avaient même fait choix d'un vaillant champion pour combattre l'entreprenant chevalier, lorsque celui-ci, par le conseil de ses amis, ou plutôt, dit la charte, touché de l'esprit divin, reconnut ses torts et, se mettant à genoux devant l'abbé, lui demanda pardon et absolution de tous les excès qu'il avait commis envers l'abbaye.
Comme je le disais plus haut, le fonds de Marmoutier ne contient plus aucune charte antérieure au Xe siècle et celles de cette époque sont même fort rares ; mais le XIe siècle s'y trouve abondamment représenté, et l'on rencontre plusieurs de ces chartes-notices, si intéressantes par les détails qu'elles contiennent sur l'origine et les péripéties de l'affaire qu'elles sont destinées à terminer. Pour cette période, les chroniqueurs sont d'une brièveté et d'une sécheresse désespérantes et ces documents permettent seuls de connaître les mœurs de ce temps si curieux, où le monde occidental, parvenu aux dernières limites de la désorganisation sociale, fait volte-face et commence à rentrer dans les voies de la civilisation.
Une simple analyse d'une de ces pièces, prise au hasard entre plusieurs autres analogues, permettra de juger de l'intérêt qu'elles présentent.
Il s'agit d'une vigne, depuis longtemps possédée par l'abbaye, et dont la propriété lui était contestée par un voisin peu scrupuleux.
En l'absence de titres en règle, on eut recours à un moyen de décider la question, fort employé à cette époque et regardé comme infaillible ; on s'en remit au jugement de Dieu, et les moines durent prouver leur droit par l'épreuve du feu. Le champion de l'abbaye la subit avec plein succès, et le procès se trouvait terminé cette fois. Mais bientôt, ce même champion qui venait d'éprouver son aptitude personnelle à triompher des difficultés de la procédure d'alors, entreprit d'usurper cette même vigne par lui conservée à l'abbaye. Heureusement pour celle-ci il meurt tout à coup, frappé par un ennemi, et reconnaît, à ses derniers moments, la malice de ses prétentions. Les moines durent enfin se croire paisibles possesseurs de la vigne tant disputée ; mais le frère du meurtrier se met à couper un cep et réclame la propriété de la pièce entière. Les pauvres religieux s'adressent alors à Hugues, seigneur de Saint-Christophe, et très probablement suzerain de la terre en litige. Le dur baron décida que l'affaire ne pourrait finir que par un duel d'hommes courageux, et il fallut se préparer à combattre.
Les champions étaient choisis et on allait en venir aux mains, lorsque Dieu qui veut que personne ne périsse, dit le texte, et qui tient en ses mains le cœur des grands, changea le sentiment de Hugues, qui força les parties à conclure un arrangement laissant la vigne à l'abbaye, moyennant une indemnité. On a là, ce me semble, un curieux tableau de mœurs, dans lequel on constate tout à la fois l'instabilité de la propriété à ces époques troublées, les moyens barbares qu'on employait alors pour décider le droit et la triste situation des gens faibles et paisibles en présence des caprices et des violences de la force brutale. Cette pièce provient de la layette de Sonzay, qui avec celles de Lavaré, Parçay-Meslay, Rillé, Sablé, Semblançay et Tavant, a conservé un certain nombre de chartes anciennes.
Les prieurés français de Marmoutier ne sont pas les seuls qui aient laissé des traces dans nos archives ; deux au moins de ceux que la célèbre abbaye possédait en Angleterre y sont également représentés. Ce sont les prieurés de Newport-Paynel, au diocèse de Lincoln, et de la Trinité d'York. Les chartes qui les concernent remontent au XIe siècle, c'est-à-dire à l'époque même où ces maisons furent fondées et dotées par des chevaliers français, compagnons de Guillaume le Conquérant. On rencontre parmi elles des bulles de papes, des diplômes de rois d'Angleterre et des promesses d'obéissance par les prieurs aux abbés de Marmoutier.
Ces deux prieurés et quelques autres appartenant également à notre grande abbaye furent plusieurs fois saisis par les rois d'Angleterre au cours de la guerre de Cent ans, et définitivement confisqués par Henri VIII, lors de l'introduction de la réforme.
Ces établissements anglais ne sont point mentionnés dans un précieux registre des visites des prieurés de l'abbaye, faites de 1316 à 1325, par l'abbé Jean de Mauléon, ou plutôt de Montléon (de Monteleone). Mais ce volume concerne quatre-vingt-dix dépendances de Marmoutier situées en France, et, pour chacune d'elles, il indique le nom du prieur, le nombre des religieux habitant avec lui, la façon dont ces moines remplissent leurs devoirs, l'état des livres et des ornements d'église, la situation des bâtiments et des cultures, et parfois le nombre de pièces de bétail ; en un mot, un compte rendu sommaire de l'état moral et matériel de chaque obédience. Il y a là, comme on voit, des renseignements du plus haut intérêt. L'écriture, qui est une sorte de minuscule tirant sur la cursive, est facile à lire, sauf aux endroits trop nombreux où le parchemin a été profondément altéré par des taches corrosives.
Vient ensuite une série d'inventaires fort détaillés, dressés au XVIIe siècle et continués au XVIIIe, dans lesquels sont analysés plusieurs milliers de pièces, dont quelques centaines à peine sont venues jusqu'à nous. On lit, à chaque instant, sur les marges, de la main de l'archiviste de la Révolution, les mots : titres féodaux, mis au rebut, incendiés ; mentions fatales qui vouaient à la destruction des documents d'un prix inestimable, non seulement pour la Touraine mais encore pour les différentes provinces de France où la puissante abbaye avait des prieurés et des seigneuries. (Source : extrait de la préface de l'Inventaire sommaire de la série H de 1891 par Charles Loizeau de Grandmaison)

Présentation du contenu

Titres de fondation, propriété, gestion et pièces de procédure.

Mots clés matières

Plan de la maison de Saint-Pierre de Rome située rue de la Guerche à Tours.

Cote/Cotes extrêmes

H314 PL (Cote)

Date

[XVIIIe siècle]

Importance matérielle

1 plan aquarellé, papier ; pièce de parchemin placée au niveau de la partie médiane gauche du plan

Mots clés typologiques