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Ce troisième volume de notre inventaire comprend ce qui reste des archives du clergé régulier, c'est-à-dire des abbayes et couvents d'hommes et de femmes auxquels il faut joindre les ordres militaires et religieux et les hospices. Sans les pertes immenses qu'ont fait subir à notre dépôt les brûlements de titres opérés à la Révolution, les livraisons de parchemins pour gargousses faites à l'artillerie, la remise aux acquéreurs de biens nationaux de vénérables documents historiques, quand il eût suffi de leur délivrer les pièces pouvant servir au soutien de leurs droits de propriété, enfin les dilapidations de toute nature, ce n'est pas un seul volume, mais vingt-cinq à trente que l'archiviste et ses successeurs auraient été appelés à offrir au public. A la veille de la Révolution, nos vieux chartriers contenaient de véritables trésors historiques et paléographiques dont le nombre et la valeur sont constatés par d'anciens inventaires et dont la perte est à jamais regrettable.
Il ne nous reste, à proprement parler, que des débris des précieuses collections de titres amassés et conservés pendant de longs siècles. Mais ces débris méritaient grandement, et à plus d'un titre, d'être soigneusement recueillis et mis en ordre. Nulle série en effet ne contient plus de chartes anciennes ; et ces chartes ne sont pas seulement les témoins les plus sûrs et les plus irréfragables du passé de notre province et de la vie de nos pères ; elles peuvent encore, comme l'ont prouvé dans notre département des procès fameux, servir utilement à la défense des droits de l'État, des communes, des fabriques et des particuliers.
[...] Après les abbayes d'hommes, viennent, dans l'ordre de classement, les prieurés et couvents également d'hommes. Ils étaient fort nombreux en Touraine ; avant la Révolution on en comptait près de deux cents. Plusieurs, il est vrai, n'étaient que des dépendances de nos grandes abbayes et les documents qui les concernent ont été inventoriés à l'article de chacune d'elles. Mais un grand nombre avaient une existence propre, ou relevaient d'abbayes étrangères à la Touraine. Pour faciliter les recherches des travailleurs, nous les avons tous rangés par ordre alphabétique, sans distinguer les prieurés conventuels des prieurés simples, ni ces derniers des couvents proprement dits.
[...] Je pourrais encore énumérer plusieurs couvents et prieurés d'hommes ; car la Touraine, et surtout la ville de Tours, en étaient largement pourvus, mais nous ne possédons que de rares débris de leurs chartriers et ils ne méritent guère d'être mentionnés.
Les abbayes de femmes n'étaient, dans notre province, qu'au nombre de deux, Beaumont-lez-Tours et Moncé. Nous avons recueilli des épaves assez considérables du chartrier de Beaumont, bien que quelques registres, et non des moins intéressants, aient été, à la Révolution, déposés, on ne sait pourquoi, à la bibliothèque de Tours, où ils se trouvent encore.
[...] Si la Touraine ne comptait que deux abbayes de femmes, Beaumont et Moncé, en revanche, les prieurés et couvents y étaient fort nombreux. La plupart apparaissent dans le premier quart du XVIIe siècle, époque à laquelle une véritable renaissance de ferveur religieuse se manifeste dans toute la France.
[...] Ce n'est pas à Tours seulement que se fondent des monastères de femmes, et que s'élèvent des églises et des chapelles. Le mouvement s'étend à toute la province. Les Calvairiennes ont une maison à Chinon ; l'Union chrétienne se propage à Amboise, Châtillon, Chinon, l'Ile-Bouchard, Loches et Montrichard, qui faisait partie de la Touraine. On trouve aussi des religieuses à Beaulieu, Champigny, Luynes, Richelieu, etc. Les archives de ces couvents n'offrent en général qu'un médiocre intérêt historique : ce ne sont guère que des titres de propriété, actes d'acquisitions ou d'échanges, baux à ferme, déclarations, etc. On y voit cependant que la plupart d'entre elles donnaient l'instruction aux jeunes filles de la localité.
La puissante abbaye de Fontevrault possédait en Touraine quatre prieurés : ceux de Relay, commune de Pont-de-Ruan ; de Rives, commune d'Abilly ; de Lencloître, commune de Rouziers, et d'Orioust, commune de Luzé. Les deux premiers, qui remontaient au temps même du fondateur de l'œuvre, Robert d'Arbrissel, avaient presque l'importance et les richesses de véritables abbayes, et leurs chartriers devaient contenir des pièces très précieuses. Malheureusement on ne les retrouve plus ; nous ne possédons guère que des titres de propriétés, et quelques lettres patentes des rois de France, le tout atteignant à peine le XVe siècle.
Nous n'avons plus trouvé à analyser de fonds importants dans la suite de notre inventaire. Ce ne sont pour ainsi dire que des débris d'archives. Les prieurés et couvents n'ont donné qu'une assez maigre récolte ; celle que nous offrent les ordres militaires et religieux, ainsi que les hôpitaux et les aumôneries, est encore moindre.
[...]
La Touraine possédait au moyen âge de nombreux hospices, aumôneries et maladreries, répandues non seulement dans les villes grandes et petites, mais encore dans les localités rurales situées sur les voies de communication les plus fréquentées.
Ces établissements étaient dus à la charité privée et rendirent longtemps de précieux services. Mais, après les guerres de religion, leurs revenus, singulièrement amoindris, étaient devenus tout à fait insuffisants ; la plupart d'entre eux furent supprimés au XVIIe siècle et réunis aux hospices conservés dans les villes. À l'époque de la Révolution, il ne subsistait guère d'hôpitaux ou d'hospices qu'à Amboise, Bourgueil, Champigny, Chinon, l'Île-Bouchard, Ligueil, Loches, Luynes, Saint-Maure et Tours.
[...] Les fonds des autres établissements charitables [hôtel-Dieu, Charité et Madeline de Tours] n'offrent, comme celui-ci, qu'un médiocre intérêt, et c'est à peine si l'on y rencontre quelques chartes.
[...] Tels sont les différents fonds analysés dans ce troisième volume. En le parcourant, ainsi que les deux premiers, et en les comparant à l'Inventaire général par fonds publié en 1848, on reconnaîtra que dans le cours de sa gestion, qui embrasse plus d'un tiers de siècle, l'archiviste a eu la joie de voir presque doubler la valeur historique du dépôt dont la garde lui a été confiée, à la fin de 1852.
La situation matérielle n'a pas été moins améliorée pendant cette période. En 1851, les archives, depuis longtemps placées au rez-de-chaussée de l'aile sud-ouest de la préfecture, dans deux salles carrelées et beaucoup trop étroites, se trouvaient, d'un côté, en contrebas des terres du jardin potager de la préfecture, de l'autre, dans le voisinage immédiat de grands arbres, et ces deux causes y entretenaient une humidité fatale aux papiers et même aux parchemins.
Voici comment s'exprime à ce sujet mon honorable confrère, M. Delloye, dans son rapport de cette année : « En certains endroits, les carreaux étaient recouverts d'une couche verdâtre, en d'autres, ils s'exfoliaient ou se réduisaient en poussière, sous l'action du salpêtre. Çà et là, au fond des casiers, des masses noires indiquaient des papiers tombés sur le sol et qui avaient été consumés. Les rayons regorgeaient de papiers, et des liasses pourrissaient jusque dans les embrasures des fenêtres. »
Lorsque j'entrai en fonction, cette déplorable situation avait été rendue moins mauvaise par l'établissement d'un plancher au-dessus du carrelage ; mais, les murs étant profondément salpêtrés, l'humidité subsistait toujours ; au printemps et à l'automne, l'eau suintait le long des murs et dans les casiers. Il y a loin de là au bâtiment parfaitement sain et aéré, tout en pierre et en fer, et isolé des autres constructions de la préfecture, dans lequel sont aujourd'hui conservées les archives départementales, grâce à la sollicitude éclairée du conseil général, et au bienveillant appui de MM. les préfets d'Indre-et-Loire.
(Source : extrait de la préface de l'Inventaire sommaire de la série H de 1891 par Charles Loizeau de Grandmaison, les parties concernant les établissements ecclésiastiques ont été reportées aux niveaux correspondants).
Un premier inventaire d'archives ecclésiastiques série G, clergé séculier a été publié en 1882 par Charles Loizeau de Grandmaison, archiviste du département d'Indre-et-Loire. Un deuxième inventaire série H, clergé régulier rédigé par le même, a paru en 1891. Ces deux volumes ont été successivement réédités en 1993 et 1994. Dans ses préfaces, Ch. de Grandmaison a rendu compte de l'entrée des fonds de l'archevêché, des chapitres et des paroisses, des abbayes et des couvents. On les lira encore avec profit.
Nous publions aujourd'hui un supplément à ces inventaires. Depuis 1891, les services d'archives d'autres départements nous ont transmis des documents provenant des anciens établissements du diocèse de Tours et des particuliers nous ont donné ou vendu des pièces produites par ces mêmes établissements. En outre, dès 1850, l'administration des Domaines avait versé aux Archives départementales des registres concernant des biens d'Eglise saisis par la Nation, registres qui, hormis quelques mention marginales de l'époque révolutionnaire, avaient été tenus par les ecclésiastiques propriétaires de ces biens ou par leurs fondés de pouvoir. Ces registres n'avaient pas été pris en compte dans les inventaires de 1882 et 1891. Ce sont ces archives, classées dans un ordre identique à celui de 1882 et 1891, qui sont énumérées et décrites dans ce troisième volume de l'inventaire des archives ecclésiastiques d'Indre-et-Loire.
Le classement d'un fonds d'archives devrait mettre en évidence l'identité et l'activité des institutions ou des personnes physiques qui ont produit ces archives. Nos fonds étant toujours lacunaires, il nous paraît prudent de décrire ces institutions pour éclairer le lecteur.
LES ABBAYES, PRIEURES ET COUVENT, LES COMMANDEURS ET LES ETABLISSEMENTS HOSPITALIERS
Dans la série H sont classés les archives d'institutions disparues. L'ancien diocèse de Tours a compté 17 abbayes d'hommes et de femmes et 4 prieurés conventuels. Les abbayes sont toujours des monastères importants, relevant généralement du pape pour le spirituel, du roi pour le temporel. La plupart des abbayes d'hommes étaient en commende, c'est-à-dire que la mense abbatiale le tiers des revenus de l'abbaye était attribuée par le pape à la personne à lui présentée par le roi. L'abbé commendataire ne résidant pas, l'abbaye était administrée par un prieur, dit prieur claustral.
Le mot prieuré désigne des réalités diverses. Un prieuré conventuel est une communauté monastique moins importante qu'une abbaye. Un prieuré-cure est une paroisse desservie par un membre du clergé régulier : les archives des prieurés-cures sont classés en série G, avec les archives de paroisses. Un prieuré simple est un petit bénéfice, sans conventualité sur charge d'âmes, possédé par un ecclésiastique séculier.
Alors que les abbayes avaient été fondées presque toujours en dehors des villes, les couvents des dominicains : frères prêcheurs ou jacobins, et ceux des franciscains : frères mineurs, capucins, cordeliers et récollets, qui fleurissent à partir du XIIIe siècle, sont toujours urbains. Dominicains et Franciscains s'établissent au milieu des hommes et des femmes de leur temps pour leur apporter l'Evangile, leur proposer la confession de leurs fautes et leur assurer une bonne mort : ils vivent de mendicité, sans revenus domaniaux. Il en sera de même des Carmes et des Augustins au XIVe siècle. Tandis que les abbayes étaient insérées dans la société féodale, les couvents des religieux mendiants sont des éléments du tissu urbain.
Les congrégations et sociétés fondées au XVIIe siècle diffèrent de toutes les formes antérieures de vie religieuse. Elles sont créées dans un but bien précis : l'enseignement, le soin des malades, l'accueil des filles repenties, la lutte contre l'hérésie calviniste. Et leurs membres ne sont pas toujours, canoniquement, des religieux, mais des personnes pieuses associées pour remplir la tâche assignée par le fondateur.
Le lecteur trouvera dans ce supplément à la série H quelques pièces d'archives concernant des commanderies de l'ordre de saint Jean de Jérusalem (dite de Malte). Que le lecteur n'imagine pas ces commanderies peuplées, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des moines-soldats attendant l'assaut des infidèles. Ce sont des bénéfices des dominicains produisent des revenus, grevés de quelques charges accordés aux chevaliers de Saint-Jean. Recrutés exclusivement dans la noblesse, les chevaliers servent le plus souvent dans la marine.
Les charités, léproseries, maladreries, aumônes, maisons-Dieu, hôtels-Dieu et autres établissements hospitaliers ont été créés en grand nombre au Moyen-Age. Fondations d'origine privée, pour l'amour de Dieu ou du prochain, ces établissements ont d'abord été gérés par le clergé seul. La laïcisation de leur administration a commencé au XIVe siècle, et l'ordonnance de Blois de 1579 a prescrit "de n'établir au gouvernement des fruits et revenues des maladreries et hôpitaux, autres que simples bourgeois, marchands ou laboureurs, et non personnes ecclésiastiques, gentilshommes, archers, officiers publics, leurs serviteurs ou personnes par eux interposées" (art. 65). En clair, l'ordonnance de Blois refuse qu'un établissement hospitalier devienne une source de revenus pour une autorité ecclésiastique ou laïque.
Ce supplément aux séries G et H ne comble pas les lacunes des fonds inventoriés précédemment. On y cherchera vainement des renseignements sur l'architecture des abbayes. Nous avons ici encore des titres de propriété et surtout des titres de rentes. Cependant la typologie des documents est plus variée. On trouve dans ce supplément des cédules de profession religieuse, des attestations de collation de tonsure, de la correspondance, des journaux de dépenses, documents qui faisaient défaut précédemment parce qu'ils ne relevaient pas des critères de conservation lors des tris de l'époque révolutionnaire. Nous avons signalé ces pièces d'archives dans l'inventaire. Nous avons aussi mis en évidence les titres de fondation de messes, conservés comme titres de rentes.
Rappelons que les lacunes des séries G et H peuvent parfois être comblées par les archives d'autres fonds. Les collections de cartes et plans et de documents figurés contiennent des pièces déjà cotées en G et H et des pièces de diverses provenances, relatives aux séries G et H. Dans le minutier des notaires (3 E) on trouvera des procès-verbaux d'assemblées de paroissiens, des marchés de travaux à faire à des couvents, parfois accompagnés de plans, des inventaires de mobilier d'église, des actes de notoriété établissant les degrés de noblesse nécessaires au postulant à l'ordre de Malte. Dans les fonds de l'état civil (4 E) on pourra consulter des registres de vêture, de profession religieuse, de sépulture de religieux et de laïcs dans les églises des couvents. Le fonds du château de la Vallière à Reugny (fonds privé coté 65 J) contient des archives de l'hôpital de Lublé. Les fonds de communes (E dépôt) contiennent des archives des anciennes paroisses. Les fonds des établissements hospitaliers (H dépôt) sont d'une grande richesse. On y trouvera les titres propres des hôpitaux, des origines au XIXe siècle, et les titres des rentes qui leur ont été dévolues à la Révolution. Ces titres avaient appartenu aux chapitres, aux abbayes et aux couvents. Signalons encore des dizaines de livres de comptes de la collégiale Saint-Martin, soustraits aux saisies révolutionnaires, conservés par la Société Archéologique de Touraine à Tours.
(Source : extrait de l'Introduction aux répertoires supplémentaires des séries G et H par Yves Le Sage de La Haye, mise à jour en 2012).
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L'abbaye de Saint-Julien était, avec la cathédrale et la collégiale de Saint-Martin, l'un des trois grands établissements religieux de la ville de Tours, qui en comptait un si grand nombre. Fondée vers le milieu du VIe siècle, sur la rive gauche de la Loire, entre l'antique Caesarodunum et le bourg qui déjà grandissait autour du tombeau de saint Martin, elle fut entièrement détruite au IXe siècle par les Normands et restaurée au suivant par l'archevêque Téotolon, qui avec sa sœur Gersinde, la dota de biens considérables. Singulièrement favorisée par sa situation, l'abbaye vit promptement les terrains qui l'environnaient se couvrir d'habitations, et après la réunion au XIVe siècle, des deux villes de Tours et de Châteauneuf, elle se trouva posséder tout le cœur de la nouvelle cité agrandie et transformée. De là, pour elle, une source de revenus considérables qui, joints à ceux de ses propriétés rurales, en firent, après Marmoutier, la plus riche abbaye de la province. Ces richesses semblent lui avoir été fatales. Le relâchement de la discipline s'ensuivit tout d'abord, puis vinrent les abbés commendataires et les troubles religieux, marqués par le triomphe momentané des protestants qui n'épargnèrent pas son trésor.
La fin de ces troubles n'amena point le relèvement de l'abbaye. En 1589, Henri III, chassé de Paris par la journée des barricades, installait dans les lieux réguliers son Parlement, qui y tint ses séances pendant cinq ans. Après le retour à Paris de cette illustre compagnie, le couvent, en quelque sorte abandonné, ne servit plus guère qu'à faire des comédies, à serrer les bestes que l'on menoit des pays étrangers pour donner du contentement aux peuples.
Ces singuliers hôtes furent un peu plus tard remplacés par Messieurs du Présidial de Tours, qui y rendirent la justice pendant plus d'un quart de siècle. Enfin l'abbé Georges Catinat, navré de voir son monastère dans une situation aussi lamentable, appela les bénédictins de la congrégation de Saint-Martin et les mit en possession de tous les lieux réguliers (1637).
Entre les mains de ces pieux et savants religieux, l'abbaye semble d'abord renaître de ses ruines matérielles et morales. Les bâtiments sont réparés, les études y refleurissent ; Mabillon, Martène, Gaignières, Baluze, Housseau, Durand viennent fouiller son précieux chartrier. Mais cette renaissance ne devait pas être durable, et moins d'un siècle après l'entrée à Saint-Julien des bénédictins de Saint-Maur, en 1735, le titre d'abbé s'éteignait en la personne de Léonard de La Croix, premier aumônier du roi, et les revenus de la mense abbatiale étaient réunis au collège des pères jésuites de Tours.
Quelques religieux continuèrent à occuper une partie du couvent ; mais ils devaient être, à la fin du siècle, définitivement chassés par la Révolution, qui vendit tous les bâtiments claustraux et fit une remise et une écurie de la belle église gothique, aujourd'hui heureusement restaurée et rendue au culte.
Les archives de Saint-Julien furent alors transférées au district de Tours, conformément à la loi du 5 novembre 1790, concernant la vente des biens ecclésiastiques. Elles étaient considérables et en bon ordre, ainsi qu'en témoignent plusieurs volumes d'inventaires dressés au XVIIe et au XVIIIe siècle. Il ne s'y trouvait qu'une pièce datée de 927, antérieure de quelques années à la restauration de l'abbaye par Téotolon ; mais le Xe siècle y était largement représenté par des actes émanés de ce même archevêque et de ses successeurs immédiats. A partir de cette époque jusqu'à la Révolution, une quantité considérable de documents de toute nature fournissait les renseignements les plus variés et les plus curieux sur l'organisation et la vie intérieure du monastère, sur l'état des personnes et des terres, et sur l'ancienne topographie de la ville de Tours, au cœur de laquelle notre abbaye était placée. Les prieurés ruraux, répandus non seulement en Touraine, mais encore dans les provinces voisines et jusqu'en Normandie, avaient également dans l'abbaye mère leurs chartriers particuliers, fort riches en pièces remontant jusqu'au XIe siècle et même parfois au précédent.
Bien qu'un grand nombre de ces titres aient péri à la Révolution, et que l'on rencontre trop souvent sur les marges des inventaires les mots : Droits supprimés, mis au rebut, notes fatales qui vouaient à la destruction ces inoffensifs parchemins, cependant l'archiviste Rougeot paraît avoir conservé les pièces les plus anciennes et offrant le plus d'intérêt historique. Par une fatalité singulière, c'est justement sur une liasse formée des plus précieux de ces documents qu'un voleur mettait la main, vers 1830, pour les vendre à un relieur qui les découpait en bandes, destinées à servir de dos ou de couvertures aux registres de l'état civil de différentes communes du département.
Ce vol m'était connu, mais j'ignorais ce qu'étaient devenues les pièces volées, et je les croyais à jamais perdues pour nous, lorsqu'une communication, faite le 28 mai 1880, à l'Académie des Inscriptions, par M. Gauthier, greffier du tribunal civil de Loches, vint éveiller mon attention et me mettre sur la voie. M. Gauthier annonçait à l'Académie qu'il venait de trouver dans les reliures des registres de l'état civil de l'année 1831, conservés dans son greffe, des fragments de chartes relatives à la Touraine et dont plusieurs étaient antérieures à l'an mil. C'était là une précieuse découverte qui ne pouvait guère être faite que par une personne ayant sous les yeux et sous la main un grand nombre de registres de la même année, mais il fallait qu'elle fût douée de l'intelligence et de la perspicacité qui caractérisent M. Gauthier.
Le jour même où j'avais connaissance de cette découverte, indirectement, il est vrai, et par la lecture d'un compte rendu de journal, M. le Préfet d'Indre-et-Loire recevait de M. le Ministre de l'intérieur une lettre dans laquelle, après avoir mentionné la communication faite à l'Académie, M. le Ministre recommandait d'inviter l'archiviste à vérifier avec soin, et le plus tôt possible, si, dans les greffes, mairies et autres établissements publics, les registres reliés vers 1831 ne contiendraient pas, dans les dos et les plats, des fragments de parchemin analogues à ceux trouvés à Loches. Il terminait en prescrivant le dépôt dans les archives départementales de tous les fragments de chartes rencontrés dans les reliures.
Je trouvai M. le préfet d'Indre-et-Loire, l'honorable M. Daunassans, très disposé à seconder les intentions de M. le Ministre ; une circulaire fut par lui envoyée à MM. les maires, des lettres adressées à MM. les procureurs de la République dans le département, et pendant toute la durée de cette longue et délicate opération, j'ai constamment trouvé en M. Daunassans l'appui le plus bienveillant et le plus éclairé.
Je me mis immédiatement en campagne, je fouillai les greffes, les mairies, les hospices et revins avec plusieurs centaines de fragments de toute dimension. La récolte faite, il fallait en tirer parti, et essayer de rétablir dans leur état primitif le plus grand nombre possible des anciennes chartes. Cette opération offrait de sérieuses difficultés, car ces précieux documents ont été découpés de la façon la plus capricieuse et la plus barbare. Le ciseau du relieur les a tranchés en bandes de quelques centimètres, tantôt dans le sens de la largeur, tantôt dans celui de la hauteur parfois même, une pièce de grande dimension a subi cette mutilation dans les deux sens, ce qui rend les rapprochements d'autant plus délicats. Sans compter que nombre de registres des communes ayant été reliés à nouveau, on se trouve souvent en présences de lacunes considérables. Je reconnus bientôt que presque tous les fragments provenaient du chartrier de l'abbaye bénédictine de Saint-Julien, transporté à la Révolution au district de Tours. Comme il s'agissait en général de pièces inédites et que, sur de simples et parfois rares fragments, il serait impossible de reconnaître un document dont on n'aurait aucune notion, je dus tout d'abord recueillir, à Paris et ailleurs, les copies et les analyses prises dans l'ancien chartrier de Saint-Julien par différents érudits des deux derniers siècles, tels que Gaignières, Baluze, dom Housseau, etc. Mais assez souvent nos pièces n'ont pas été copiées, ni même analysées, et pour celles dont les fragments sont exigus et rares, la reconstitution a été très difficile et même impossible.
Cependant, en ne parlant ici que des pièces antérieures à l'an mil, je suis parvenu à reconstituer, au moins dans leurs parties essentielles, trente-sept chartes, qui proviennent presque toutes du fonds de Saint-Julien et qui vont de 847 à 997 .
Ces chartes offrent des spécimens curieux et variés de l'écriture du Xe siècle. Dans la plupart, les signatures sont accompagnées de notes tironiennes, dont l'usage semble s'être conservé en Touraine plus longtemps que dans les autres contrées de l'Europe. Le savant Kopp, dans sa Paleographia critica, fixe au milieu du Xe siècle la disparition de ce genre d'écriture, qui était une véritable sténographie ; or, plusieurs de nos fragments appartenant au dernier tiers de ce siècle et même au commencement du suivant, offrent des notes tironiennes, avec des formes un peu altérées parfois, mais encore bien caractérisées. Il en est de même de l'emploi des lettres grecques qui entrent dans les signatures de l'archevêque Téotolon et que l'on rencontre assez rarement au milieu du Xe siècle.
Téotolon, qui a donné et signé quelques-unes de nos chartes et qui fut successivement chanoine et préchantre de Saint-Martin avant d'être élevé au siège archiépiscopal de Tours, en 931, me paraît un des hommes les plus distingués de cette époque trop calomniée. On ne le connaît guère que comme restaurateur de l'abbaye de Saint-Julien, ruinée au siècle précédent par les Normands ; mais il est très probable que, si les documents du Xe siècle étaient moins rares, nous le verrions exercer son zèle et son activité en de nombreuses circonstances.
D'autres archevêques de Tours, de la même époque, figurent également dans nos chartes ; notamment Joseph Frothier et Hardouin, sur le compte desquels on sait si peu de choses, que les moindres indications qui les concernent ont un véritable prix.
Parmi les grands personnages laïques, outre différents comtes de Tours, d'Angers et du Maine, on rencontre deux fois la signature de Hugues Capet, à une époque où il n'était pas encore roi de France, et portait seulement le titre de duc des Francs, dux Francorum.
Plusieurs points d'histoire et de géographie locales peuvent, à l'aide de nos chartes reconstituées, être éclaircis et résolus d'une façon plus satisfaisante qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent. Je me bornerai à signaler la détermination de la Vicaria Anguliacensis qui se trouve mentionnée dans une donation faite à Saint-Julien, en 978, par Girois et sa femme Gervis, d'une villa nommée Vilers, et située in pago Anguliacensi. Notons d'abord que, dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres de cette époque, le mot pagus a été employé par le rédacteur de la charte pour vicaria et que c'est d'une viguerie qu'il s'agit ici, c'est-à-dire d'une subdivision du Pagus Turonicus. Or la vicaria Anguliacensis a été placée par les érudits qui s'en sont occupés, tantôt dans l'angle formé par le confluent de la Creuse et de la Vienne, d'où lui serait venu son nom, tantôt dans le pays de Ligueil, et ni l'un ni l'autre de ces endroits ne répond aux indications très précises que fournit notre charte. Nous y lisons en effet que Vilers, qui faisait partie de la viguerie anguliacensis, était situé entre les villas de Limeriacum (Limeray), de Cangiacum (Cangy) et de Floriacum (Fleuray). Ces trois anciennes localités, devenues plus tard trois paroisses, et formant aujourd'hui trois communes, nous donnent la position exacte de la vicaria Anguliacensis, qui était au nord et non pas au sud de la Loire. Je ne crois pas que beaucoup de points de géographie ancienne puissent être établis avec plus de netteté et de précision, et nous en sommes redevables aux fragments patiemment assemblés de la donation de Giroi ; car jusqu'ici on ne connaissait de ce document qu'une très courte analyse, dans laquelle cette précieuse indication faisait complètement défaut. J'ai encore eu la bonne fortune de parvenir à reconstituer, au moins dans ses parties essentielles, une charte qui, par son ancienneté, doit être placée en tête de toutes les pièces du chartrier de Saint-Julien venues jusqu'à nous. Je n'en possédais d'abord que de trop rares fragments, qui même ne se suivaient pas les uns les autres, et dont il m'était impossible de tirer un sens acceptable. Une heureuse trouvaille a mis entre mes mains quelques nouveaux fragments qui, sans donner encore la pièce entière, en font connaître cependant le sujet, ainsi que les noms des personnages contractants, et même une portion de la date. Il s'agit simplement de la concession d'une vigne faite à un nommé Leuthardus par l'abbé Austrenus. Mais cet abbé Austrenus était complètement inconnu, même des bénédictins, et il appartient à une période de l'existence de l'abbaye que recouvraient jusqu'ici les plus épaisses ténèbres. Cette charte, en effet, a été donnée dans la septième année du règne d'un roi Charles, que je crois ne pouvoir être que Charles le Chauve, arrivé au trône en 840 ; elle répond à 847, c'est-à-dire à une époque antérieure à la destruction de la première abbaye de Saint-Julien par les Normands en 853. Elle est donc plus âgée que la vieille tour qui s'élève encore aujourd'hui à l'entrée de l'église Saint-Julien et qui est l'un des plus anciens monuments de notre cité.
Sans doute on peut s'étonner de la conservation et, pour ainsi dire, de la survivance de ce frêle morceau de parchemin à la ruine totale et prolongée de l'ancienne abbaye de Saint-Julien, qui ne fut rétablie par Téotolon, qu'environ quatre-vingts ans après la grande invasion normande. Il me serait facile cependant de citer plusieurs chartes de Marmoutier et de Saint-Martin qui avaient échappé à la destruction de ces établissements religieux par les Normands, et qui, avant la Révolution, se trouvaient dans leurs chartriers. Nos archives possèdent encore un diplôme de l'empereur Louis le Débonnaire, qui provient de l'abbaye de Cormery, elle aussi détruite par ces mêmes Normands au milieu du IXe siècle ; la parfaite authenticité de cette belle pièce qui a conservé son sceau plaqué, n'a jamais été mise en doute et ne saurait l'être. L'état fragmentaire dans lequel nous est parvenue la charte de 847 ne permet peut-être pas d'être aussi affirmatif à son égard ; cependant je crois, tout bien considéré, qu'elle ne saurait être rejetée, et qu'il y a lieu de lui donner place dans notre dépôt, immédiatement après le diplôme Louis le Débonnaire, dont elle n'est séparée que par un intervalle de dix années. De semblables trouvailles, trop rares hélas ! font la joie d'un archiviste. Ce sont comme des roses qu'il rencontre sur son chemin.
Le fonds de Saint-Julien est d'ailleurs un des plus riches de nos archives, en chartes des XIe et XIIe siècles, et quelques-uns de ses registres sont ornés de plans, qui offrent un réel intérêt pour la topographie ancienne de la ville de Tours. (Source : extrait de la préface de l'Inventaire sommaire de la série H de 1891 par Charles Loizeau de Grandmaison)
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Lecture devant la porte principale des églises de Cerelles et de Nouzilly, à la sortie de la messe, des lettres royaux, enjoignant à tous tenanciers et vassaux de l'abbaye, de fournir déclarations nouvelles, aveux et dénombrements des choses et héritages détenus par eux, 1736. — Aveu et déclaration rendus aux religieux par dame Philippe Taboureau, veuve de messire Gabriel Taschereau, chevalier, seigneur de Baudry, maître des requêtes, intendant des finances de sa majesté. — Autre aveu de messire Nicolas de Malon de Bercy, conseiller du Roi, maître des requêtes, à cause de dame Marie-Françoise Taschereau de Baudry, son épouse, de leur seigneurie de Chatenay, du lieu et seigneurie de Baudry, de la métairie de Lynières, de la closerie de Bocahu, du fief et frêche de La Hallière et de leur seigneurie de Chanceaux, ainsi que du moulin neuf, des métairies de la Chutte, de Bordebure, de La Caillonnerie, de La Gasneterie, de La Ruellerie, 1757. — Autres déclarations, par différents particuliers, 1765 à 1767. — Table alphabétique des noms des censitaires de ladite seigneurie. — Expéditions authentiques, signées des notaires Petit et Gaudin.
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